Les chiffres

Combien d’animaux sont utilisés chaque année pour l’expérimentation animale en France ? Pour quoi sont-ils utilisés ? À quel point souffrent-ils ? Voilà une partie des questions auxquelles les statistiques annuelles, imposées par l’Union Européenne, permettent de répondre au moins un peu.

En attendant le nouveau système promis par l'Union Européenne pour 2023 (déjà disponible en anglais pour observer les chiffres à l'échelle européenne), j'ai réalisé des tableurs pour obtenir des graphiques à peu près lisibles, pour lesquels je fournis des liens dans chaque catégorie ci-dessous.
  • Espèces des animaux
  • Nombre d'animaux
  • Provenance des animaux
  • Types de recherches
  • Toxicologie réglementaire
  • Sévérité des procédures
  • Statut génétique des animaux

Espèces des animaux

La seule restriction existante sur les espèces utilisables est l'interdiction de principe d'utiliser les grands singes et les espèces en voie d'extinction. Mais cette restriction peut être contournée par une dérogation sur justification scientifique.

Les espèces les plus utilisées sont les rongeurs, les lapins et les poissons.

On utilise aussi des amphibiens, des chats, des chiens, des primates, des céphalopodes, des reptiles, des oiseaux, des bœufs, et ainsi de suite, mais aussi des invertébrés qui ne sont pas comptabilisées dans les enquêtes statistiques nationales.

Nombre d'animaux

On peut estimer que chaque année en France, environ 2 millions d'animaux vertébrés et de céphalopodes sont utilisés dans le cadre de procédures, et environ 2 millions supplémentaires sont tués sans avoir été utilisés. Ces chiffres stagnent depuis au moins une quinzaine d'années.

Outre le fait que de nombreux animaux ne sont comptabilisés nulle part (la quasi-totalité des invertébrés – insectes et décapodes, en particulier), la difficulté est que les chiffres publiés concernent le nombre de procédures infligées aux animaux, et pas le nombre d'individus utilisés. Même si ces deux nombres sont très proches (la plupart des animaux n'étant pas réutilisés après une procédure), ce simple fait révèle l'orientation de ces statistiques, qui n'ont pas grand-chose à voir avec la prise en compte des individus utilisés, mais avec le ciblage des domaines particulièrement stratégiques en termes d'application des 3R, ce qui n'apparait pas dans les PDF publiés par le ministère.

Provenance des animaux

Les animaux proviennent majoritairement d'élevages agréés de l'Union Européenne, mais cela est variable selon les espèces. C'est le cas de la quasi-totalité des grenouilles, des rongeurs et des lapin·es, notamment.

Pour environ 20% des animaux, ce n'est pas le cas. Ces animaux peuvent venir :

  • d'élevages de l'UE non-agréés (zoos, fermes d'élevage d'animaux pour la consommation...) – c'est notamment le cas des céphalopodes et d'un gros tiers des animaux "de rente" ;
  • du reste de l'Europe (par exemple pour certains poissons, mais sans précision sur la nature des provenances) ;
  • du reste du monde (par exemple pour des souches particulières de chien·nes, qui peuvent venir de gros élevages états-uniens, et pour une bonne partie des primates).

Graphes interactifs :
par espèce / par provenance

Types de recherches

Environ 90% des procédures concernent :

  • la recherche fondamentale – recherche sans exigence d'applicabilité immédiate, qui tente de développer des connaissances de base sur le fonctionnement biologique, par exemple ;
  • la recherche appliquée – recherche de médicaments ou de thérapies, recherche vétérinaire, mais aussi recherche zootechnique (sur le "bien-être" des animaux élevés pour les consommer) ;
  • la toxicologie réglementaire – tests de médicaments et de divers produits pour tenter d'en prédire les effets secondaires néfastes, souvent dans la perspective de les commercialiser.

Les autres procédures concernent la "protection de l'environnement" et la "conservation des espèces" (sans précision), l'enseignement supérieur, les enquêtes médico-légales et l'entretien des colonies d'animaux génétiquement modifiés avec un "phénotype dommageable" (c'est-à-dire que ces modifications les font souffrir).

Là encore, la répartition des espèces est variable. Par exemple, les lapin·es, les cobayes et une bonne partie des chat·tes, des chien·nes et des primates sont utilisé·es en toxicologie, tandis que les animaux de rente, les poissons et les reptiles sont plutôt utilisés en recherche fondamentale.

Graphes interactifs :
par espèce / par type de recherches

Toxicologie réglementaire

Plus de 60% des tests de toxicologie concernent les "produits à usage médical" (médicaments, vaccins...) et 15-20% les produits vétérinaires (qui peuvent inclure les produits liés à l'élevage d'animaux pour la consommation, notamment).

Au-delà de ces deux applications, les tests toxicologiques peuvent concerner les "appareils médicaux" (les statistiques ne citent que les prothèses pour cette catégorie), les pesticides et biocides, les produits chimiques en général, les produits alimentaires (notamment les emballages), et d'autres produits non précisés.

La répartition des espèces est là aussi inégale : par exemple, les lapin·es et les primates sont surtout utilisé·es pour les tests de médicaments humains, tandis qu'une grande partie des chat·tes, certains hamsters et certains oiseaux sont plutôt utilisé·es pour tester les médicaments vétérinaires.

Graphes interactifs :
par espèce / par type d'obligation réglementaire

Sévérité des procédures

La réglementation impose le classement des procédures selon leur degré de "gravité" (on dit parfois "sévérité"). Il y a trois degrés croissants de gravité, et un degré spécial :

  • procédures légères (30-40%) – prises de sang, injections, électrocardiogrammes...
  • procédures modérées (40-45%) – greffes, isolement, dénutrition, tests de médicaments, craniotomies...
  • procédures sévères (10-20%) – inoculation de pathogènes, toxicité aiguë, maladies chroniques, chirurgies destructrices, brûlures profondes...
  • procédures "sans réveil" (~ 5%) – procédures sous anesthésie générale se soldant par la mort ou l'euthanasie de l'animal parce que sans cela, les conséquences seraient trop douloureuses ou stressantes pour lui.

Graphes interactifs :
par espèce / par niveau de gravité

Statut génétique des animaux

Un peu plus de 20% des animaux utilisés ont été élevés avec des modifications génétiques, qui peuvent impliquer ou non un phénotype dommageable – c'est-à-dire que l'expression de ces modifications peut impliquer ou non des souffrances et/ou du stress pour les animaux.

Parmi ces animaux, la plupart n'ont pas de phénotype dommageable. Il s'agit surtout de rongeurs, de lapin·es et de poissons, chez qui certains gènes sont sur-exprimés ou sous-exprimés.

Parmi les animaux qui ont un phénotype dommageable, on retrouve encore les rongeurs (notamment ceux dont le système immunitaire est désactivé), mais aussi les poissons-zèbres, ou encore les chien·nes (en particulier quand iels sont utilisé·es dans la recherche sur la myopathie).

Graphes interactifs :
par espèce / par statut génétique

Pour en savoir plus sur les chiffres et leur interprétation ou avoir une vision d'ensemble, vous pouvez lire mon billet pour Animal Testing concernant les chiffres de 2015 à 2019, ou les analyses commentées réalisées par Transcience.

Si vous voulez savoir quelle proportion des procédures de recherche biomédicale sont "sévères", ou quelle proportion des animaux provenant des élevages agréés sont génétiquement modifiés, je peux vous transmettre les tableurs du ministère, que j'ai reçus le 01/07/2021 sur simple demande (et avis Cada) – ou vous pouvez attendre que j'ai eu le temps d'exploiter ces données pour les rendre plus accessibles.