Des caméras dans les labos ? (Les images de l’expérimentation animale)

Vous voulez voir ce qui se passe dans les laboratoires d’expérimentation animale en France ? Les images disponibles sont surtout celles des associations animalistes, mais il y a aussi quelques images produites par les laboratoires eux-mêmes. Dans tous les cas, c’est accompagné par un discours et par des valeurs bien polarisées. Alors, comment savoir dans quelle mesure on peut faire confiance à ces images ?

Le site de la chaine, pour retrouver les vidéos, les fiches de synthèse, les crédits, et d’autres contenus : https://experimentation-animale.info

Pour me soutenir : https://utip.io/experimentationanimale/

Salut tout le monde. Aujourd’hui je vais vous parler des images de l’expérimentation animale en France, qu’elles viennent des « antis » ou des « pros ». Parce que sincèrement, vous savez, vous, ce qui se passe, dans les laboratoires ? C’est pas évident – d’où l’intérêt de vous présenter ici ce qui existe, et de vous expliquer comment garder votre esprit critique face aux images et aux discours qui vont avec.

Avant de commencer, un petit avertissement : si vous avez peur de voir des images violentes, je peux simplement vous dire que vous pouvez écouter cette vidéo sans la regarder, en version podcast. Ça vous permettra au moins d’avoir la réflexion sur l’origine, l’utilisation de ces images, et les discours et les critiques qui vont autour, les précautions à prendre. Je me suis posé la question pendant un moment, j’imaginais ne mettre que des vignettes avec des dessins, mais ça semble nécessaire, pour les gens qui veulent regarder la vidéo, d’avoir un aperçu des quelques images qui existent. Et ça ne sera que ça : des aperçus. Vous aurez dans la description et dans les fiches (le petit « i » en haut à droite de la vidéo) les liens vers les vidéos d’origine, complètes. Et si vous voulez avoir une vision d’ensemble, vous retrouvez comme d’habitude sur le site web la fiche de synthèse de la vidéo, avec justement les vignettes en dessin.

Mais si vous êtes encore là, c’est que vous voulez bien voir tout ça. C’est parti.

 

[générique]

 

On va surtout s’intéresser aux images de ces dix dernières années en France, pour avoir une vision actuelle de la situation locale.

Plus loin, on trouve plusieurs sources d’images d’archives françaises, mais ces archives sont justement plus intéressantes du point de vue historique que dans la perspective de s’informer sur la situation actuelle, donc je mettrai simplement en description un lien vers un dossier de l’INA qui référence une bonne partie de ses vidéos d’archives sur le sujet, et un lien vers une émission de 1967 avec des démonstrations de l’utilisation des animaux pour l’armée par les chercheurs eux-mêmes, en mode documentaire. Attention, c’était assez décomplexé à l’époque, donc le fait que ce soient des chercheurs qui le montrent ne veut pas dire que c’était lissé comme ça l’est souvent aujourd’hui, il y a des images franchement choquantes.

Pour ce qui est d’aujourd’hui, il y a des vidéos produites par les gens qui sont opposés à l’expérimentation animale, et des vidéos produites par les gens qui pratiquent l’expérimentation animale, la défendent ou en font la promotion. Il y a aussi quelques images fournies par des journalistes reçu·es dans des laboratoires, mais elles sont excessivement rares en France et quand elles existent, elles montrent plus les couloirs et les blouses blanches que les animaux, donc je n’en parlerai pas plus ici.

Les vidéos des groupes animalistes

Alors, d’abord les vidéos des antis.

Vous avez peut-être vu passer, cette année, les appels de One Voice à manifester pour la Journée Mondiale des Animaux utilisés dans les Laboratoires. Dans ces appels, il y avait des liens vers plusieurs vidéos, qui montraient des choses assez affreuses, en France. J’en parle dès maintenant parce que ces vidéos, en fait, même si elles ont été mises sur Youtube assez récemment, elles datent d’il y a une bonne vingtaine d’années, comme on le voit sur l’ancien blog de One Voice. Et elles montrent la situation d’animaux utilisés pour des tests de toxicologie, notamment pour des cosmétiques.

Digression sur les cosmétiques

Petite digressions sur les cosmétiques : les tests liés aux cosmétiques sur des animaux, aujourd’hui, c’est très rare, même si c’est une situation très complexe, à cause de la réglementation européenne sur les ingrédients de synthèse, et jusqu’à peu à cause de l’obligation des tests sur les animaux pour entrer sur le marché en Chine – ça, depuis cette année, ça n’est plus le cas, il y a un nouveau système avec des certificats de bonne pratique qui permettent aux marques d’éviter pour la plupart des cosmétiques les tests sur les animaux même quand elles vendent en Chine. Mais il y a d’autres pays, il y a la réglementation européenne qui pose beaucoup de souci de ce côté-là, donc le plus sûr, en ce qui concerne les cosmétiques, est de se diriger vers des produits qui ont les labels de PETA, de Cruelty-Free International ou de One Voice, pour éviter complètement les tests sur les animaux. Voilà, ça c’était la digression pour parler en même temps du fait qu’il faut faire attention à la date des images qu’on diffuse et à ce qui y est montré, tout en vous apportant quelques infos sur les cosmétiques.

Retour aux images des groupes animalistes

Bref, retour aux images des groupes animalistes – et aux images récentes, cette fois-ci.

En 2015, Code Animal, une association spécialisée dans la faune sauvage captive, a publié des photos de l’intérieur du Fort Foch, à Niederhausbergen, où est géré Silabe, la plate-forme de l’université de Strasbourg qui élève des primates, qui les vend à des laboratoires, qui les étudie sur place et qui teste des médicaments en phase préclinique sur eux. Silabe, c’est une des institutions en France qui est régulièrement critiquée par les associations opposées à l’expérimentation animale, et sur laquelle l’association Pro Anima a un gros dossier judiciaire, dont je parlerai certainement à l’occasion, mais dont vous pouvez déjà entendre parler dans les communications de Pro Anima.

Ensuite, en 2019, vous en avez probablement plus entendu parler puisque ça a largement été diffusé dans les médias, l’association L214, qui publie régulièrement des images de l’intérieur des abattoirs et des élevages d’animaux « de rente » a sorti une vidéo où on voit notamment des « vaches à hublot ». Alors oui, c’est de l’expérimentation animale, ça s’appelle de la zootechnie, ça sert en gros à améliorer la productivité des animaux qu’on élève et qu’on tue pour les manger, et parfois ça sert à trouver des pratiques un peu moins stressantes ou à regarder jusqu’à quel point on peut réduire les coûts financiers sans que les animaux ne manifestent un stress trop évident. Comme ça, on peut parler de « bien-être » animal. Et il n’y a d’ailleurs pas que des vaches dans le centre en question, on voit dans la vidéo des veaux, des porcs, des lapins et des lapines, et des poulets, utilisés aussi pour des projets d’expérimentation, et c’est d’ailleurs un centre qui utilise aussi des chats et des chattes.

Réflexion sur les 3R et le végétalisme

Petite réflexion à avoir au passage : aujourd’hui en France, le végétalisme est largement possible, point de vue santé et finances, pour quasiment tout le monde. En tout cas pour toutes les personnes qui utilisent des animaux dans les laboratoires, c’est une option tout à fait envisageable. Donc quand des gens parlent des 3R, de n’utiliser les animaux et de ne les tuer que quand c’est absolument nécessaire, en fait la plupart de ces personnes mangent des animaux alors que ça n’est pas nécessaire. Et certaines de ces personnes font ces expériences, sur des vaches à hublot ou d’autres animaux, alors que ces expériences ne sont pas nécessaires, puisqu’elles sont là pour faciliter une pratique de consommation qui n’est pas nécessaire… À méditer, ou à discuter dans les commentaires si ça vous dit !

Retour aux images des groupes animalistes

L214, justement, c’est une association animaliste bien connue en France parce qu’elle est axée sur des pratiques liées à l’élevage d’animaux pour consommer leur chair, ou leur lait, ou leurs œufs. Donc les vaches à hublot, ça faisait sens avec ça. Mais quand même, en 2020, L214 a sorti une autre courte vidéo, sur un élevage de chiens et de chiennes pour les laboratoires. Ce n’est pas une vidéo de l’intérieur des bâtiments, mais de l’extérieur, probablement prise avec un drone. C’est aussi une vidéo qui a été faite dans le cadre du Référendum pour les Animaux, donc à un moment particulier pour soutenir l’initiative dans son entier, qui demandait, en ce qui concerne l’expérimentation animale, de renforcer dans la loi l’idée (déjà présente) qu’il faut utiliser les méthodes de substitution quand elles existent.

Et cette année, on a eu une nouvelle vidéo prise par drone à propos d’un autre élevage de chiens et de chiennes pour l’expérimentation, c’est celle de One Voice. Et là aussi, c’était lié à une actualité, puisqu’il y a en ce moment une mobilisation internationale contre Marshall BioResources, une entreprise états-unienne qui produit des chiens et des chiennes pour les laboratoires. En l’occurrence, MBR vient de racheter un élevage qui faisait polémique depuis longtemps en France pour étendre sa production française, ce qui peut être un « moindre mal » si on se dit qu’au lieu d’acheter les animaux à l’étranger, les labos les prendront en France où la réglementation est un peu meilleure, ou alors ce qui peut être un bien plus grand mal, si on considère qu’il y a un vrai risque que le nombre de chiens et de chiennes utilisé·es en France augmente à cause de ça. Bref, c’est une actualité à suivre, je vous mets des liens en description pour ça.

Les images d’Animal Testing

À part ces quelques images locales qui ne montrent pas un poil de ce qui se passe à l’intérieur des laboratoires, il y a une association dont un des objets principaux est justement de révéler des images des laboratoires, c’est Animal Testing. Animal Testing, j’en ai déjà parlé, elle a été créée en 2016 par Audrey Jougla, au moment de révéler en association avec PETA des images tournées à l’École nationale Vétérinaire d’Alfort, montrant les conditions de vie et l’état des chiens et des chiennes utilisées notamment pour les recherches financées par le téléthon. Et c’était seulement la première d’une série de vidéos. En 2017, Animal Testing a sorti deux autres vidéos, qui concernaient cette fois-ci les rongeurs et les primates utilisés dans des laboratoires parisiens, en dénonçant notamment des pratiques censées être illégales, sur la base de constat sur les images ou de témoignages – des choses qui ont été niées par les gens qui défendent l’expérimentation animale, qui n’ont pourtant jamais vraiment engagé la discussion sur le fond des constats.

Ces trois premières vidéos, je ne peux pas en avoir une confirmation exacte, mais elles sortent à priori de l’enquête menée par Audrey Jougla pour son master de philosophie au début des années 2010 (donc avant l’application de la réglementation actuelle en France). Les labos l’avaient reçue parce qu’elle disait travailler sur le « mal nécessaire » que constituerait l’expérimentation animale. Et elle avait une caméra cachée, elle le raconte dans son livre « Profession : animal de laboratoire », que je vous conseille, parce que c’est probablement le seul livre français écrit par quelqu’un qui s’oppose à l’expérimentation animale et qui a pu rentrer dans des laboratoires et constater de ses propres yeux ce qui s’y passait.

Les vidéos les plus récentes

En 2019, Animal Testing a sorti une nouvelle vidéo, tournée plus récemment dans un laboratoire français, où contrairement aux vidéos précédentes, on ne voit pas de procédures ou de cages, peut-être parce que c’était devenu plus compliqué de rentrer plus en avant dans les laboratoires. Ça explique peut-être aussi que cette vidéo ait eu moins d’impact médiatique. L’idée, c’était pourtant de confirmer, pour le public, qui l’ignore encore souvent, que des chats et des chattes sont utilisées pour l’expérimentation animale en France, de nos jours, et pour dénoncer le fait que les laboratoires évitent d’en parler – c’est d’ailleurs ce que dit la personne interviewée, qui travaille dans le laboratoire en question.

Enfin, en 2020, on a eu les images les plus récentes d’Animal Testing, à savoir des photographies prises à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle, des animaux transportés par Air France à destination des laboratoires dans le monde, avec notamment un primate mort pendant le voyage. Il faut dire que ça fait un moment que les associations demandent aux compagnies aériennes de refuser de transporter les animaux pour les laboratoires, que plusieurs ont arrêté, mais pas Air France. En l’occurrence, Animal Testing a eu accès à des papiers administratifs, et donc, sur le site de l’association, les photos sont accompagnées d’un contexte sur les pratiques représentées.

Voilà pour les images fournies par Animal Testing. En 2021, au lieu d’images de laboratoires, l’association a publié des interviews à visage caché d’une employée et d’une ex-employée de laboratoires, pour dénoncer le manque total de transparence, des pratiques illégales, les conflits d’intérêt permanents au sein des comités d’éthique. Je vous mets les liens en description aussi, parce que même si ça reste des témoignages ponctuels de personnes dont on ne peut pas vérifier l’identité (bon, une journaliste de Libération s’est quand même entretenue directement avec elles), ça reste intéressant, et ça peut donner à réfléchir.

La représentation des espèces dans les vidéos

Bon, avec ça, on voit qu’il y a bien un peu toutes les espèces dans les vidéos des « antis », même si comme le reprochent souvent les pros, proportionnellement, les primates et les animaux de compagnie sont surreprésentés. En même temps c’est évident, parce que les rongeurs sont la très grosse majorité des animaux utilisés dans la recherche, donc il faudrait faire des dizaines de vidéos sur les rongeurs et une seule sur les primates et les animaux de compagnie, si on voulait vraiment être proportionnellement représentatifs… Donc là, même si les chiens et les primates sont surreprésentés, si on regarde les photos de 2020 chez Air France, on voit vraiment des espèces variées : des poissons, des reptiles, des chevaux…

Les vidéos dans les pays voisins

Concrètement, toutes ces images pourraient avoir des conséquences, parfois légales. Vous vous souvenez peut-être avoir vu les images tournées dans un laboratoire allemand en 2019 – avec ces images, ça a fait un tollé international. Même l’EARA, l’association européenne de recherche animale, a dit que c’était insoutenable, pour pouvoir rappeler que la recherche, ce n’est pas ça aujourd’hui… Sauf qu’apparemment ça arrive encore, et c’est bien en Europe. Le laboratoire a été fermé, et puis quelques mois plus tard il a été autorisé à rouvrir sous réserve de quelques changements à la direction. Bref, ça a eu un gros impact sur le coup, mais reste à savoir à quel point ce sera contrôlé derrière et pourquoi les inspections n’avaient rien repéré ou rien corrigé.

Et début avril 2021, Cruelty-Free International a publié une enquête récente dans un laboratoire de toxicologie espagnol. Il y a eu une annonce de suspension du laboratoire, qui ne concernait en fait que les nouvelles autorisations de projet, et moins de deux mois plus tard, même cette suspension minime a été levée, alors que les images ne montraient pas que des choses légales mais moralement indéfendables. Elles montraient aussi des choses illégales, certaines particulièrement choquantes. Attention donc si vous êtes sensibles, les images sont franchement dures, même si vous avez l’habitude de ce genre de choses.

Les vidéos des « pros »

Pour l’instant, on va passer aux images fournies par les professionnels, les défenseurs et les promoteurs de l’expérimentation animale.

Je remonterai ici à 2009, quand un film a été réalisé sur les « rats plongeurs » de Didier Desor. Ce n’est pas lui qui a produit le film, mais c’est lui le protagoniste principal, qui présente directement toutes ses expériences et en discute. Et on voit largement ce qui est fait aux rats, même s’il n’y a pas de remise en question concernant la captivité – d’ailleurs, d’après ce qu’on en voit dans la longue interview qu’il a accordée à la chaîne la Tronche en Biais récemment, le questionnement éthique n’a pas l’air d’être trop son fort. Mais si vous voulez voir des expériences portant sur le comportement des rats et l’interprétation qui est faite des observations, c’est une source intéressante.

Mais il y a mieux, chez les pros, pour voir l’intérieur d’un laboratoire et les conditions de vie au quotidien.

Les visites virtuelles

En 2015, le Gircor a produit une visite virtuelle d’un laboratoire du CNRS qui utilise des primates. Ça a des aspects intéressants, même si on ne voit pas de procédures à proprement parler, juste la préparation d’un primate dans une chaise de contention. C’est surtout des photos, et quelques vidéos, mais dans les vidéos, on voit des gens qui parlent des 3R et de la « nécessité » de l’expérimentation animale (notamment Ivan Balansard, le président du Gircor), et on ne voit pas vraiment des procédures. Ils auraient pu, pourtant, prendre en vidéo accélérée toute une semaine dans la vie des primates, ou alors prendre tout le déroulement de plusieurs procédures. Ils auraient pu faire beaucoup de choses, mais ils ne l’ont pas fait. C’est aussi dommage que ça ait été programmé dans un langage qui était destiné à être obsolète, et qui l’est aujourd’hui. Du coup, juste 5 ans plus tard quand je l’ai découvert, le site avait déjà des gros bugs à plusieurs endroits. Maintenant, le site a l’air de plus ou moins fonctionner, mais ça reste bien buggé et le Gircor n’en parle quasiment jamais.

Ce type de visite virtuelle, ça a été reproduit en 2017 par l’équivalent anglais du Gircor, Understanding Animal Research, qui a fait quatre « visites virtuelles » de laboratoires anglais. Et c’est reproduit par ailleurs aussi, même si ça reste rare, et qu’à chaque fois, c’est surtout bien cadré avec le discours pour dire que l’expérimentation animale, c’est super, c’est nécessaire, c’est gentil avec les animaux. On ne peut pas leur reprocher, ils défendent ce qu’ils font, mais ça devient vite lourd quand toutes les images qu’ils révèlent sont entourées par des propos stéréotypés qui ne parlent jamais des problèmes possibles et des manières employées ou non pour les résoudre.

Les revues vidéo

Pour voir des procédures, par contre, le mieux reste peut-être quelque chose que j’ai découvert l’année dernière, c’est la revue vidéo Jove, dans laquelle on va pouvoir chercher des articles spécifiques par thématique et par affiliation, donc par pays. Par exemple, on peut trouver un article de 2020, dans lequel l’Institut de Recherche Biomédicale des Armées françaises montre la production d’un modèle rongeur de brûlure profonde – ça veut dire qu’on fait une brûlure profonde à un rat, sous anesthésie, pour ensuite tester des choses censées améliorer la cicatrisation, par exemple. Ça fait partie des situations pour lesquelles c’est très peu probable que les antidouleurs donnés une fois le rat réveillé suffisent à effacer l’énorme douleur que ça doit être pour lui d’avoir la moitié du dos bien brûlé.

Concrètement sur Jove, une fois que vous avez sélectionné un domaine de recherches, il suffit de taper « France » dans la barre de recherches « affiliation » pour avoir les articles auxquels des personnes d’établissements français ont participé. Mais c’est limité aussi parce qu’une partie des articles est payante, du coup tout n’est pas accessible. Mais ça on en parlera mieux dans la prochaine vidéo.

Bon, là on a la plupart des images disponibles pour la France à l’heure actuelle. Mais il y en a forcément d’autres, et des images qui viennent d’il y a plus longtemps, ou d’autres endroits.

Les précautions

Quand on est face à ça, si le but est de s’informer, il faut prendre un peu de recul. D’un autre côté, plus on veut prendre de précautions, plus on est susceptible de se tromper : il y a deux ans, sur un stand, j’ai dit à une militante qui parlait d’une image assez connue, affichée sur une banderole, une image qui montrait une chatte équipée d’un gros appareillage sur la tête, je lui ai dit de faire attention, parce que cette image datait des années 1980. En fait, cette image, c’est la chatte Double Trouble, c’est PETA qui a réussi à obtenir cette image après plusieurs années de procès contre l’Université de Wisconsin-Madison qui prétendait qu’elle n’avait pas le droit de révéler l’image, en invoquant le secret des affaires, le droit intellectuel, des trucs comme ça. Tout ça est raconté dans un livre que j’ai traduit récemment, que vous pouvez trouver en librairie ou en vente en ligne, il s’appelle On fonctionne tous de la même manière, et l’auteur c’est Rick Bogle, un militant états-unien. En bref, l’image date de 2008 ou 2009, en gros, donc je m’étais planté d’une trentaine d’années, et à vouloir faire du zèle dans la prise de précautions j’ai joué le jeu des gens qui nous reprochent d’utiliser des images anciennes qui viennent d’autres pays.

Et effectivement, attention aux images qui viennent de l’étranger. Si vous consultez les images qui viennent des États-Unis, par exemple, il faut savoir que les tailles de cage très petites là-bas ne collent pas forcément avec la législation française de base – et même si la législation prévoit des dérogations pour énormément de choses en France, il vaut mieux ne pas se baser sur des vidéos venant des États-Unis pour parler de ce qui se passe en France et des normes françaises. Du coup, dans le livre de Bogle, quand il parle des tailles des cages des primates et des chiens, par exemple, j’ai ajouté des notes de bas de page pour préciser les normes françaises. Et en même temps, il ne faut pas tomber dans le surplus de précaution, comme je disais. C’est une ligne difficile à naviguer, tellement c’est compliqué de se renseigner correctement sur ce sujet.

Après, quand les images sont bien françaises, comme celles de One Voice dont j’ai parlé tout à l’heure, elles peuvent dater… En l’occurrence, elles dataient de 1999-2000, comme j’ai dit, ce qui fait qu’on peut vite nous reprocher de montrer une situation qui n’existe plus. Dans l’autre sens, les images que je mentionnais concernant l’Allemagne ou l’Espagne, qui sont très récentes, révèlent des pratiques actuelles qui pourraient avoir lieu en France, puisque la réglementation est globalement la même dans tous les pays de l’Union Européenne.

Les chiens qui fument et les souris cocaïnomanes

Mais on fait aussi circuler des images qui datent de loin. par exemple on a beaucoup entendu parler des chiens et des chiennes qu’on fait fumer. Bon, ce n’est pas une légende urbaine, il existe effectivement des expériences dans lesquelles on fait inhaler de la fumée ou d’autres choses à des chiens et à des chiennes. La première personne à révéler ça, c’était Mary Beith en 1975 en Angleterre, elle a infiltré un laboratoire d’une marque de cigarette qui voulait développer des cigarettes « moins nocives ». Mouais. Ça, ce sont les images en noir et blanc qu’on peut voir circuler. D’autres images, en couleur, sont beaucoup partagées, mais personne n’a su me dire d’où elles venaient, ni de quand elles dataient. A priori, elles viennent d’une vidéo, mais je ne la trouve pas pour l’instant. Ces expériences, en France, à priori, ça ne s’est pas fait récemment sur des chiens et des chiennes, même si rien ne l’interdit. Par contre, sur des rongeurs, oui.

C’est l’occasion de parler des images des fournisseurs de matériel, qui peuvent donner une idée de ce qui est utilisé aujourd’hui, puisque ça se vend. Chez DSI, on voit des chambres et des tours d’inhalation pour les rongeurs, par exemple, qui sont justement ce qui est utilisé pour exposer des rongeurs à de la fumée de cigarette, ou à des nanoparticules en suspension, ou à autre chose, par voie respiratoire, généralement pour évaluer la toxicité de tout ça. Et pour d’autres drogues comme la nicotine ou la cocaïne, il y a des systèmes d’auto-administration de drogues par les rongeurs eux-mêmes (par exemple Imetronic, une boite qui est en lien direct avec l’Université de Bordeaux, vend ça, et ici ce sont les images que la boîte a publiées sur Internet pour illustrer ça sur son site web). Et puis on trouve aussi des entreprises comme Charles River qui vendent des souches spécifiques : immunodéficientes, consanguines, génétiquement modifiées… avoir ces images, avoir ces descriptions, ça permet de savoir que ces pratiques existent, de voir comment elles sont présentées publiquement et de les contextualiser aussi dans leur aspect industriel et financier.

Sourcez vos images !

De manière générale, je conseillerai donc fortement à toutes les personnes qui diffusent des vidéos et des images sur ce sujet d’en indiquer systématiquement la date et le pays, ne serait-ce que pour prendre les devants sur les critiques faciles qui peuvent détourner l’attention, mais aussi pour ne pas décrédibiliser complètement le message, et pour ne pas propager des idées fausses sur ce qu’on sait des pratiques actuelles. Si vous ne pouvez pas sourcer les images, c’est probablement mieux d’éviter de les partager.

Expliquez vos images !

Deuxième précaution importante : même dans les cas où il s’agit bien d’images qui viennent de France, de ces dix dernières années, quand les images sont commentées, ou qu’il y a du montage, il y a parfois des discussions qui existent, des réponses qui y sont faites, et c’est intéressant de les chercher et de ne pas en rester à « c’est n’importe quoi, c’est biaisé » ou à « c’est exactement ça, c’est horrible », pour pouvoir vraiment en apprendre quelque chose.

Par exemple, il y a des critiques de certains parallèles texte/image faits dans certaines vidéos d’Animal Testing, où la contextualisation manquerait à cause du montage. En même temps, il faut dire qu’une vidéo de plusieurs heures se regarde moins bien qu’un montage des points qui semblent les plus pertinents. Et de ce que j’ai vu, les critiques sont assez légères, la réponse majeure à ces vidéos étant de dire que « c’est nécessaire », on ne peut pas s’en passer, et on fait ce qu’on peut pour qu’ils aient le moins mal possible, alors ça va, hein. Ou alors « c’est une exception », allez on passe à autre chose. Voilà, un peu léger, donc, alors qu’Audrey Jougla, dans les débats, demande systématiquement aux gens qu’elle a en face de réagir au contenu constaté.

Le cas des pratiques vétérinaires de laboratoire

Autre exemple, en 2017, la Ligue française contre la vivisection a financé un affichage dans les métros parisiens. Les affichages comme ça, c’est franchement rare de nos jours, à propos de l’expérimentation animale. Et une des illustrations utilisées a donné lieu à une réfutation par le président actuel du Gircor, Ivan Balansard, qui a dit en 2018 que l’image en question représentait une tuberculination. Une tuberculination, c’est un acte vétérinaire, donc que ça n’avait rien à voir avec de l’expérimentation animale, n’est-ce pas ? – Sauf que la tuberculose chez les primates, elle apparaît principalement chez ceux qui sont captifs, qui (je cite une thèse vétérinaire) « jouent un rôle très important dans l’interrelation entre la tuberculose humaine et animale en animalerie d’expérimentation » (fin de citation), ce qui suggère que la maladie est étudiée dans les laboratoires, au moins pour trouver des traitements ou des vaccins pour les primates concernés. Et donc ça veut dire que les tuberculinations sont également pratiquées dans le cadre d’expérimentations, pour vérifier l’induction d’une infection par exemple. Donc c’est un peu plus complexe que de dire que c’est un acte vétérinaire qui n’a rien à voir, même si effectivement cet acte spécifique n’est pas une procédure expérimentale.

La visite virtuelle du Gircor

Et puis il y a les mêmes soucis de contextualisation dans les images fournies par les laboratoires. Dans la visite virtuelle du laboratoire du CNRS, typiquement, on ne nous explique nulle part ce qu’est la grosse pièce de plastique autour du cou de certains primates, ni pourquoi les poids des primates semblent très variables sur le tableau de suivi qu’on aperçoit à l’entrée. C’est peut-être très bénin, mais on ne peut pas le savoir. J’ai pu savoir plus tard, en demandant à Ivan Balansard et en insistant un peu, que ces trucs autour du cou des primates, c’était le temps de les conditionner à venir dans les chaises de contention plus ou moins d’eux-mêmes – en gros, pour les attraper de loin et les y mettre. Et on ne nous informe pas sur ça, et on ne nous le montre pas en vidéo, alors que des vidéos s’attardent sur la session télé et la session de « sortie » hebdomadaires dans une cage un peu plus grande avec un bassin d’eau.

Bref, dans tous les cas, c’est toujours mieux de se poser des questions, de regarder plusieurs fois, de noter les questions et d’essayer d’en chercher les réponses – ce qui n’est pas l’objet de cette vidéo, mais qui pourra l’être pour d’autres. En somme, vous l’aurez compris, on a peu, très peu d’images de ce qui se passe dans les laboratoires. Et globalement, on ne veut pas nous laisser les visiter et voir les procédures – ce qui se comprend d’un certain point de vue, parce que les équipes de recherche ne sont pas des guides touristiques et n’ont pas que ça à faire de leurs journées, mais entre ne faire que ça et ne simplement laisser entrer personne, il y a tout un monde. Comme par exemple, faire des portes ouvertes et des visites organisées pour les personnes qui le demandent spécifiquement, ou produire plusieurs « visites virtuelles », bien contextualisées, élaborées en collaboration avec les gens qui veulent savoir, plutôt que ce soit simplement une opération de communication unilatérale. Bref, il y a des possibilités.

Le mot de la fin

On arrive sur la fin, et vous remarquerez peut-être que je n’ai pas mentionné les images contenues dans les publications scientifiques autres que la revue vidéo Jove. Ces images-là sont parfois trompeuses elles aussi. Et justement, la prochaine vidéo parlera des publications scientifiques – pas seulement de leurs images, mais aussi de leur accessibilité et de leur contenu en général.

En attendant, voilà la fiche de synthèse de cette vidéo, que vous retrouverez sur le site web comme d’habitude, sous forme d’un PDF qui contient les liens vers les différentes images et vidéos.

Comme d’habitude, si vous avez apprécié la vidéo, vous pouvez cliquer sur le pouce bleu, partager autour de vous et vous inscrire à la chaîne – et si vous avez des questions ou des remarques, ou si vous connaissez d’autres images récentes, n’hésitez pas à les mentionner dans les commentaires, qu’on puisse en discuter ! Et si vous aimez ce que je fais et que vous voulez m’aider à continuer, vous pouvez me soutenir sur uTip. À la prochaine !

Les images des « antis » par ordre chronologique

Les images des « pros »

  • Philippe Thomine (2009) – Faits comme des rats (film sur les expériences de Didier Desor avec les « rats plongeurs » : https://youtu.be/kk21JTzdxzY – discussion dans la Tronche en Live en 2017 : https://youtu.be/n5z1gDDgE2U)
  • CNRS / Gircor (2015) – visite virtuelle d’un laboratoire du CNRS utilisant des primates (https://visite-animalerie.cnrs.fr/)
  • IRBA (Institut de Recherches Biomédicales des Armées) / Sorbonne Université / Inserm / CNRS (2020) – « A Murine Model of a Burn Wound Reconstructed with an Allogeneic Skin Graft » (article vidéo détaillant les raisons et les méthodes pour produire une brûlure profonde et l’étudier sur un rongeur : https://tinyurl.com/ea-a4-irba2020 – plus de vidéos de recherches en cancérologie par des établissements français sur Jove : https://tinyurl.com/ea-a4-jove-cancer)

Exemples d’images produites par les fournisseurs d’équipements

  • Imetronic (Bordeaux, système d’auto-administration de drogues pour rongeurs – nicotine, cocaïne, etc.) – https://tinyurl.com/ea-a4-imetronic [la vidéo n’est plus disponible]
  • DSI (Canada, chambres d’inhalation pour rongeurs – inhalation de nanoparticules diverses, de fumée de cigarette, de gaz d’échappements, etc.) – https://tinyurl.com/ea-a4-dsi
  • Charles River (États-Unis, souches de rongeurs immunodéficients, consanguins, génétiquement modifiés…) – https://tinyurl.com/ea-a4-criver

Images récentes des autres pays

Images d’archives

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