50€ pour lire un article vide de sens ?! (Les publications sur l’expérimentation animale)

Censure, lissage, accès payant ou difficile, langage spécialisé… Si vous voulez en savoir plus sur l’expérimentation animale en lisant les publications des équipes de recherches, il va falloir vous accrocher ! Je propose ici quelques pistes pour mieux vous y retrouver et pour comprendre ce que vous pouvez attendre ou non de la lecture de ces articles.

Le site de la chaine, pour retrouver les vidéos, les fiches de synthèse, les crédits, et d’autres contenus : https://experimentation-animale.info

Pour me soutenir : https://utip.io/experimentationanimale/ [fermé depuis mon embauche à temps plein chez One Voice en février 2022]

Salut tout le monde, aujourd’hui on va parler des publications scientifiques qui découlent des expériences sur les animaux. Spoiler : c’est compliqué, c’est cher, on apprend moins de choses que ce qu’on voudrait, mais ça reste intéressant de pouvoir y accéder, ne serait-ce que parce que c’est presque le seul endroit où on peut trouver des descriptions plus ou moins claires de ce qu’on fait subir aux animaux dans les laboratoires français et de ce qu’on tire de ces expériences. C’est parti.

Trouver les articles

Première chose, pour pouvoir apprendre quelque chose à partir des articles scientifiques, il faut d’abord pouvoir les trouver. Et pour ça, il faut utiliser les outils adaptés. Là, ça dépend de votre but. si vous voulez des publications qui viennent d’un établissement en particulier (comme une université ou un autre établissement public qui est près de chez vous par exemple), il y a des chances que vous puissiez trouver une liste de publications sur le site de l’établissement en question. Et parfois, les publications sont même fournies en PDF directement sur le site, ce qui est bien pratique.

Deuxième option, si vous ne trouvez pas ce que vous cherchez, ou si vous voulez faire une recherche plus large, ça peut être utile d’utiliser le moteur de recherches PubMed, qui explore une base de données mondiale de littérature scientifique biomédicale. Évidemment, il n’y a pas là-dedans uniquement des articles qui utilisent des animaux, mais en utilisant des mots-clés un peu spécifiques, notamment « in vivo », qui désigne généralement les expériences sur les animaux, vous pouvez plus facilement tomber sur les articles qui vous intéressent. PubMed c’est mondial, mais vous pouvez aussi, dans la version « avancée » du moteur de recherche, indiquer que vous cherchez uniquement les articles dont la case « affiliation », c’est-à-dire la case qui indique à quel établissement sont rattaché·es les auteurs et les autrices des publications, que cette case contienne le mot « France », ou contienne carrément le nom de l’établissement qui vous intéresse. La difficulté qui va rester, c’est que même si une personne est affiliée à un établissement français, d’autres qui ont participé à l’article peuvent être affiliées ailleurs, et peut-être que les expériences ont eu lieu dans d’autres pays. Donc ça peut être utile de vérifier qui a fait quoi, parmi les auteurs et les autrices, et ça c’est souvent indiqué en fin d’article. Mais pour ça, il faut savoir lire l’anglais et surtout il faut avoir accès à l’article…

Libre accès et intérêts financiers

Parce que, croyez-le ou non, l’accès aux articles, il est souvent payant, quel que soit le domaine. C’est-à-dire qu’on va avoir des chercheurs et des chercheuses qui travaillent pendant des années pour produire des résultats dont iels espèrent que ça va être utile, et pour publier leur article, la revue va leur dire, « ok ça vous coûtera 1700 euros ». Ou 2000 euros, ou 1000 euros. En tout cas, énormément de revues internationales fonctionnent comme ça. Donc, ok, les établissements de recherche paient ça, l’article est publié, et là vous, vous arrivez, vous voulez lire cet article qui a été produit par une équipe de l’université d’à côté de chez vous, qui est financée par vos impôts, et l’éditeur de la revue vous dit : voilà le résumé, si vous voulez en lire plus, il faut payer. Allez, 50€ pour pouvoir lire pendant 48 heures un article qui fait 6 pages. Ça, c’est la faute des maisons d’édition, surtout états-uniennes, qui ont la mainmise sur tout ça et qui en profitent allègrement.

Il faut savoir, du coup, que les pouvoirs publics, en faisant appliquer la loi, luttent contre le libre accès à ce type de contenu sur Internet. C’est quelque chose qui n’est pas anodin, et ça n’est pas juste pour faire semblant. Vous avez peut-être déjà entendu parler d’Aaron Swartz, un gars qui était un génie de l’informatique – il était adolescent dans les années 90, et il a participé avec plein de gens adultes hyper calés à élaborer l’architecture d’Internet qu’on connait aujourd’hui. Par exemple, si vous pouvez utiliser un agrégateur de flux RSS pour avoir des notifications quand de nouvelles choses arrivent sur les sites et les sujets qui vous intéressent, concrètement, il n’y est pas pour rien. Il a aussi participé à mettre la pression sur le gouvernement aux États-Unis pour que les décisions de justice soient rendues vraiment publiques. C’est toute une épopée, qui est racontée dans un film, disponible gratuitement sur YouTube avec des sous-titres français.

Cette épopée, elle a vu arriver sa fin quand il a commencé à télécharger d’énormes quantités d’articles via JSTOR, un système d’accès aux publications scientifiques auquel les universités sont généralement abonnées. D’abord JSTOR a bloqué son ordinateur, puis il est juste allé poser physiquement un ordinateur dans leurs serveurs au MIT avec des disques durs externes, pour tout télécharger en direct. Il en a téléchargé plusieurs millions. Oui, c’était illégal. Et quand le FBI l’a trouvé, ils ont mis des caméras, et pendant plusieurs années, ils lui ont mis la pression, dans l’idée d’en faire un exemple en le condamnant lourdement. – Parce qu’il avait téléchargé des articles scientifiques sans payer. – Et alors même qu’il était menacé de 95 ans de prison, pour téléchargement illégal, il s’est battu pour que le gouvernement états-unien ne puisse pas faire passer une loi qui lui aurait permis de fermer des sites web comme il voulait, juste sous prétexte de non-respect des copyright. Et lui et tous les gens qui se sont battus contre ça ont gagné, bien heureusement.

Mais il s’est suicidé, sous la pression, avant le début de son procès. Il avait 26 ans. Donc non, c’est pas une blague quand je dis que ce système est un problème et que les pouvoirs publics y ont leur rôle.

Bref, il y a quand même quelques solutions aujourd’hui pour accéder aux publications, et ce sont des choses qui se développent de plus en plus aujourd’hui.

Vous pouvez par exemple vous contenter des revues ouvertes, de ce qu’on appelle l’open science, c’est-à-dire où tout est accessible à tout le monde. C’est quelque chose qui se développe heureusement de plus en plus. Sur PubMed, si vous trouvez un article, par exemple, quelquefois vous verrez un lien « PubMed Central », qui vous permet d’accéder au texte complet de l’article, ce qui est génial.

Vous pouvez aussi, si vous étudiez ou si vous êtes en poste dans une université, profiter des abonnements de l’université, à JSTOR et à d’autres systèmes, qui sont fait pour ça. Ça ne vous donne pas accès à tout, mais il y a généralement beaucoup de contenus intéressants.

Vous pouvez aussi chercher à contacter les auteurs et les autrices des articles que vous avez repérés. Si vous avez leurs adresses, c’est tant mieux, sinon vous pouvez passer par des plateformes comme ResearchGate ou Academia, sur lesquelles vous trouverez régulièrement des articles déjà fournis en PDF et la possibilité de contacter les gens qui les ont écrits.

Et puis, si toutes ces solutions légales ne vous donnent pas ce que vous cherchez et que ça ne vous gêne pas de faire quelque chose d’illégal… ce que je ne recommande évidemment pas… il y a une solution largement utilisée dans le monde, c’est de passer par une grosse plateforme qui s’appelle Sci-Hub. En France, l’accès au site est bloqué, mais certaines personnes utilisent des logiciels VPN ou le navigateur Tor pour y accéder quand même – illégalement, donc. Et Sci-Hub n’a pas pu être mis à jour depuis plusieurs mois, sa fondatrice Alexandra Elbakyan est visée par le FBI, qui a saisi ses données auprès d’Apple. Et du coup, il y avait une menace que la base de données puisse disparaitre complètement, mais des personnes partisanes du libre partage ont lancé une initiative pour sauver le contenu de Sci-Hub. Je vous mets les liens en description si vous vous intéressez à cette histoire.

Si vous voulez en savoir plus et avoir d’autres ressources, d’autres discussions, je vous mets aussi en lien la dernière fiche méthodologie de Florence Dellerie, qui parle justement de l’accès aux publications scientifiques. Et de manière générale, suivez Florence Dellerie, elle produit des choses géniales et en plus elle est cool.

En tout cas, avec toutes ces solutions, vous pouvez avoir accès à beaucoup d’articles scientifiques qui relatent des expériences utilisant des animaux.

Brian would rather wait in the kitchen than read a scientific paper

Mais même une fois que vous avez accès à l’article, est-ce que vous savez lire l’anglais ? Parce que la plupart de la littérature scientifique mondiale, elle est publiée en anglais. Ça fait très « mondialisation », et c’est le cas, mais en même temps, c’est aussi un avantage parce que ça fait que partout dans le monde, on peut lire la plupart de la littérature scientifique en apprenant uniquement l’anglais, ce qui est un gros avantage pour partager les données et éviter de répéter des expériences que d’autres personnes ont déjà faites 15 fois. Par contre, c’est évidemment un frein pour les personnes qui ne savent pas lire l’anglais, en termes de transparence de la recherche. Et là, il y a deux solutions : soit vous êtes très motivé·es et vous apprenez l’anglais, mais ça prend du temps, et les articles scientifiques, c’est pas simple à lire.

Soit, vous pouvez utiliser des services de traduction de bonne qualité, comme DeepL, qui se base sur une intelligence artificielle pour traduire de mieux en mieux. Donc vous pouvez prendre le texte d’un article, le copier-coller là-dedans, et avoir au moins une vague idée de quoi il est question dans l’article, simplement grâce à la traduction automatique. C’est beaucoup mieux que rien, et ça va aller en s’améliorant, donc c’est une très bonne chose.

Par contre, comme je disais, un article scientifique, même si tout est écrit en français, ça reste un contenu spécialisé, avec du langage spécialisé, avec un format spécialisé, standardisé, auquel il faut s’habituer. Une structure-type des articles qui nous intéressent ici, c’est de commencer par une intro qui fait le point sur les connaissances existantes, sur les gens qui ont déjà étudié la question, pour arriver à une problématique et à des hypothèses : en gros, qu’est-ce qu’on cherche à savoir, et qu’est-ce qu’on peut s’attendre à trouver d’après ce qu’on sait déjà.

Ensuite, dans l’article, il y a la méthodologie, qui, pour nous, va lister le nombre d’animaux utilisés, leurs espèces et les expériences réalisées. Ensuite, il y a les résultats obtenus. C’est la partie la plus spécialisée, puisque c’est là que vous allez avoir des statistiques, des schémas, des calculs… C’est compliqué, mais ça s’apprend.

Et enfin, il y a les conclusions, qui parlent des avantages et des limites des expériences réalisées, de ce qu’on peut en tirer par rapport au but de ces expériences, et de ce qui reste à faire pour la suite. Bon, souvent, ce qui reste à faire, c’est « plus d’expériences », parce qu’avec une seule, on n’apprend généralement pas grand-chose, il faut vérifier, il faut refaire, pour valider, pour comparer, pour aller plus loin dans les détails, etc. Scientifiquement, ça peut se tenir, mais malheureusement, ça sonne souvent comme une conclusion stéréotypée qui est là pour la forme, et c’est d’autant plus gênant qu’on a utilisé et souvent tué des animaux pour en arriver là.

La censure en expérimentation animale

Tout ça, c’étaient donc les difficultés pour accéder aux articles et pouvoir comprendre leur contenu un minimum. Mais même une fois que vous avez pris l’habitude de ça, il y a tout un tas de choses qu’on ne voit pas – parce qu’elles ont été censurées, volontairement ou non, par habitude ou par stratégie de communication. Historiquement, des censures ont été formalisées par des revues scientifiques au début du 20e siècle, parce que les mouvements antivivisection continuaient de chercher des informations sur ce qui se passait dans les laboratoires. — Typiquement, certaines revues changeaient la numérotation des animaux dans les articles, pour éviter que les numéros permettent de savoir combien d’animaux étaient utilisés. Les images étaient plus ou moins interdites, ou modifiées. Et il y avait tout un tas de procédés de ce type, explicitement conçus pour éviter que le public en sache trop, ou que les mouvements antivivisections puissent utiliser les informations.

Aujourd’hui, c’est un peu différent, mais ça continue. Par exemple, dans les articles, ce qu’on ne voit pas explicitement au premier abord, c’est que les formulations sont toujours passives : c’est-à-dire que vous n’allez pas lire « le technicien a prélevé du sang ». Vous allez lire « du sang a été prélevé ». On ne va pas dire « la vétérinaire a euthanasié le premier animal, le deuxième animal, etc. », mais simplement « tous les animaux ont été euthanasiés ». En fait, les gens qui font ça sont à peu près effacés du déroulement des procédures. Ça a un sens scientifique, puisque l’important c’est la méthodologie, et pas les personnes, mais en l’occurrence c’est aussi bien pratique pour avoir des formulations bien floues sur le rôle actif de ces personnes et pour faire l’impasse sur l’expérience individuelle de chaque animal.

Après, vu que le but des articles scientifiques, c’est pas de décrire en détail le vécu des animaux qui subissent ces expériences, les procédures sont généralement décrites de manière très concise, en indiquant seulement les critères pertinents pour des personnes qui voudraient les reproduire (par exemple, l’espèce, la température et la durée de pression du cylindre métallique, pour les modèles de brûlure dont j’ai parlé la dernière fois).

Et jamais vous ne trouverez dans un article une réflexion éthique sur l’utilisation des animaux. Vous trouverez juste la mention du comité d’éthique qui a approuvé l’expérience, et c’est tout. Normal, puisque le but de ces articles n’est clairement pas de remettre en cause l’expérimentation animale, ni même de la questionner.

Une autre grosse limite qu’il va y avoir, c’est que quand vous lisez les abstracts, les résumés donc, dans le cas où vous n’auriez pas accès à l’article lui-même, c’est souvent très abstrait. Parfois, les animaux ne sont même pas mentionnés une seule fois, il y aura juste l’expression « in vivo », et encore, parfois même pas, ce qui se justifie difficilement.

Autre élément de censure, les images. J’ai mentionné la dernière fois que la revue vidéo Jove fournit des images, assez claires, puisque c’est filmé. Mais au-delà de ça, on trouve rarement grand-chose comme images bien parlantes qui pourraient nous donner une idée explicite de ce que vivent les animaux. Les chercheurs et les chercheuses préfèrent des schémas, quitte à faire des schémas bien déconnectés de la réalité, comme celui-ci, dans un article d’une équipe de Bordeaux, dont je mets le lien en description, où on voit un primate assis tranquillement, qui appuie sur des boutons par terre, comme une sorte de jeu avec un écran. On voit bien qu’il y a sur sa tête un petit carré noir, où il est marqué qu’on injecte des produits avant la session, et puis un trait vers sa bouche indique qu’on lui donne par là sa « récompense » sous forme de jus de fruit, mais au-delà de ça, on peut imaginer qu’on lui donne un tapis de jeu relié à un écran et qu’il fait ça plus ou moins « tranquillement » dans sa cage, par exemple. Alors que la réalité, c’est que pour ce type d’expérience, on fait entrer les primates dans des chaises de contention comme celle-ci – là c’est une image du centre 3R anglais, le NC3Rs. Déjà, ça sonne un peu moins comme un jeu. Et le carré noir, sur la tête du primate, on voit mieux ici de quoi il s’agit : évidemment, quand on va injecter des produits dans le cerveau d’un singe ou d’une guenon à plusieurs reprises pendant des mois ou des années, c’est plus pratique d’avoir un équipement qui permet de le faire sans avoir à découper le crâne à chaque fois, ce qui serait d’ailleurs encore plus stressant pour l’animal, donc on installe ce genre de casque. Et pour qu’il appuie sur des boutons pendant un moment, il faut bien qu’il soit motivé. Alors le mettre dans la chaise, ça garantit qu’il reste devant l’écran où il va devoir appuyer. Et le priver d’eau pendant un moment, toute la nuit par exemple, mais des fois plus que ça, ça garantit qu’en lui donnant du liquide goutte par goutte quand il fait ce qu’on veut, il va continuer de faire ce qu’on veut, parce qu’il a soif. Ça, ce sont des choses qui sont implicites pour les gens qui écrivent les articles, et donc ils n’ont pas besoin de mettre une image aussi explicite pour le public.

Les problèmes systémiques

Enfin, il faut rappeler que tout n’est pas publié. rien n’oblige des gens qui utilisent des animaux dans des expériences à publier les résultats de ce qu’ils font. C’est pour ça, notamment, qu’on parle parfois du gros problème que sont les résultats « négatifs ». C’est-à-dire que si on s’attend à trouver quelque chose en faisant une expérience et que finalement on ne trouve rien, souvent, ça ne donnera pas de publication. Parce que quand on a l’impression que du coup, ce qu’on étudiait n’avait pas tellement d’intérêt, ça ne donne pas forcément envie de publier et ça n’est pas forcément possible de le faire. Pour résoudre ça, il y a des revues qui se sont spécialisées dans les résultats négatifs, parce qu’en fait, c’est tout aussi intéressant de ne pas trouver ce à quoi on s’attendait que de le trouver. C’est des données scientifiques, et ne pas les publier, ça revient à priver la science de certaines connaissances.

Autre exemple de non-publication, c’est les tests réglementaires. Quand on teste les effets secondaires, ou diverses toxicités, d’un médicament, d’un produit de synthèse, d’un emballage alimentaire, d’un pesticide, pour avoir l’autorisation de commercialiser tout ça, les résultats ne sont généralement pas publiés. Ils vont simplement être utilisés pour les dossiers d’autorisation de mise sur le marché. Ce qui fait que c’est compliqué de savoir concrètement ce qui a été testé, comment, et sur quels animaux. Même s’il est possible de demander les dossiers de sécurité de certains produits à certaines entreprises, là, il y a un gros blocage, parce que déjà il faudrait qu’elles acceptent de les fournir, et puis les formats seront encore différents, et avec très peu de précisions, donc il faudra connaitre encore d’autres normes, s’habituer à d’autres formats, c’est encore une autre spécialisation à avoir.

Et puis il y a toutes les fraudes et les méthodologies douteuses, qui existent dans l’ensemble des milieux scientifiques, malheureusement, pour différentes raisons qui vont des conflits d’intérêt des chercheurs et chercheuses, à l’avidité des revues prédatrices, jusqu’à de la bonne foi mal placée ou à une minimisation des limites méthodologiques. Si vous lisez l’anglais, là-dessus, je vous recommande le livre de Ben Goldacre, Bad Pharma, qui est hyper sourcé en ce qui concerne les fraudes et les gros problèmes systémiques dans la recherche biomédicale, domaine qui est factuellement influencé par les groupes pharmaceutiques de différentes manières – attention du coup à ne pas tomber dans le complotisme généralisé, mais dans l’autre sens aussi, à ne pas nier la quantité de fraudes révélées et reconnues par cette industrie depuis des dizaines d’années, et même très récemment.

Sur les problèmes pendant la période Covid, il y a eu notamment une grosse quantité de « pre-print » et autres mises en ligne ou promotion de résultats avant qu’ils aient été relus par d’autres scientifiques – ce qui fait que n’importe quoi pouvait être diffusé. Non pas que la relecture par les pairs garantisse que tout soit nickel, mais c’est un niveau de sécurité. À côté, les revues prédatrices ont fait leur blé, en publiant tout et n’importe quoi pour de l’argent, tout en prétendant parfois mettre en place ce genre de relecture par les pairs – ce que des gens ont montré en publiant un article qui prouvait que l’hydroxychloroquine était efficace pour prévenir la mortalité en cas d’accident de trottinette, en s’appuyant sur des sources aussi fiables que Pomme d’Api et Picsou Magazine et en racontant que piller les tombes des accidentés avait été une des parties les plus compliquées de leur étude. Sur les revues prédatrices, France Inter a fait une émission récemment, pour mieux comprendre leur fonctionnement et les raisons pour lesquelles elles ne sont pas toujours évidentes à repérer. Et ils y mentionnent que 2% des études publiées, dans l’ensemble, seraient frauduleuses. Ce qui n’est relativement pas beaucoup, mais dans l’absolu ça fait quand même des milliers, des millions d’études frauduleuses, qui ne sont pas toujours repérées et retirées des revues sérieuses.

Tous ces aspects, ça ne peut pas épargner l’expérimentation animale complètement. Donc il faut aussi savoir repérer ce genre de choses, et il faut des gens qui s’intéressent aux fraudes dans ce domaine, parce que frauder quand on utilise des animaux, pour publier ou pour de l’argent, ça veut dire faire souffrir et tuer des animaux tout en polluant la littérature scientifique. Et accepter des failles méthodologiques, même de bonne foi, c’est un problème tout aussi grave pour les animaux, et ça devrait l’être même pour les gens qui ne sont pas radicalement opposés à l’expérimentation animale.

Synthèse et conclusion

On arrive au bout de cette vidéo sur l’utilisation des publications scientifiques pour se renseigner sur l’expérimentation animale. Pour résumer un peu, il faut connaitre les outils, ça peut être cher, il vaut mieux parler anglais et prendre l’habitude de lire ce type de documents. Bref, c’est compliqué, et ce que vous trouverez dedans devra souvent être déchiffré avec un recul critique si votre but est de savoir ce qu’on fait aux animaux et l’intérêt que ça peut avoir ou non. Et si votre but est plutôt de savoir pourquoi on les utilise et quels résultats ça donne, ce sera plus facile, mais il faudra clairement vous former à l’analyse critique d’articles scientifiques, ce qui est une discipline intéressante mais franchement pas évidente, encore une fois. Je vous mets en description un lien vers une vidéo de l’Effet Chimpanzé, qui fait une petite introduction pour personnes débutantes face à ces notions d’esprit critique appliqué aux articles scientifiques liés au véganisme, en particulier.

La prochaine fois, je vous parlerai des documents produits par les ministères publics et les autres organismes nationaux. Des documents beaucoup plus accessibles, donc… ou pas.

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À la prochaine !

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